Les Récupérables : "Je laisse libre cours à mon imagination, avec la contrainte des matières upcyclées"

Les Récupérables : "Je laisse libre cours à mon imagination, avec la contrainte des matières upcyclées"

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Après plusieurs années à travailler dans des friperies et boutiques solidaires, le constat d'Anaïs Dautais Warmel est clair : on surconsomme beaucoup, beaucoup trop d'habits. Comment contribuer à rendre l'industrie de la mode plus vertueuse ? En 2016, elle crée Les Récupérables, une belle marque de vêtements confectionnés en France avec des tissus upcyclés (fins de rouleaux, linge de maison vintage...).
Les Récupérables

Découvrez les vêtements et accessoires Les Récupérables !

Que vient faire Anaïs Dautais Warmel dans les locaux de Deveaux, entreprise historique de fabrication de tissu, installée dans le département du Rhône ? Entourée de dizaines de rouleaux de tissus bigarrés, la fondatrice de la marque Les Récupérables l'explique dans une vidéo postée sur Instagram début mai : de l'upcyling.

Aussi appelé surcyclage en français, c'est l'action de récupérer des matières ou des produits existants, dont on n'a plus l'usage... Pour les valoriser en les transformant en d'autres matériaux ou produits, d'une qualité ou d'une utilité supérieure à leur état d'origine. Plus précisément, Anaïs fait ce qu'elle appelle de "l'upcycling de surface, c'est à dire qu'on vient racheter tout ce qui va être pièces d'essai, fins de séries et fins de rouleaux". Toujours sur le réseau social, l'entrepreneuse montre ainsi une partie de son vaste travail de sourcing des matières : pour dénicher un beau tissu, il faut "se projeter sur sa destination et donc quel modèle il va devenir".

La récup’, Anaïs Dautais Warmel l’a dans la peau depuis longtemps. Toute jeune, sa grand-mère lui apprend cet art subtil, ainsi que de solides bases en couture. Enfant, elle confectionne ses premiers vêtements faits maison... “J’aimais déjà les fleurs et les robes qui tournent”, se souvient la créatrice, qui dessinera bien des années après une robe “Kitourne”. Ses études - un Master en Commerce international et Langues étrangères, tourné vers les Amériques - la mènent au Brésil. Là-bas, elle découvre les mille et une ficelles de la récupération, marquée par cette “capacité à considérer le déchet comme une ressource” dans le pays.

Combinaison Les Récupérables
Les Récupérables

À son retour en France, Anaïs travaille dans (presque) toutes les friperies du Marais, à Paris. Plongée dans la culture du vintage, elle fait de la vente, du conseil, du relooking. Plus tard, la ressourcerie de la Petite Rockette lui confie une boutique solidaire dédiée aux vêtements et accessoires, la Toute Petite Rockette, dans le 11ème arrondissement. Pendant 3 ans, en tant que responsable du lieu, elle chine des trésors et les met en lumière.

Chaque jour, elle voit arriver 300 kg de textile. La conséquence concrète de la surconsommation. La jeune femme y voit un immense "potentiel de création": “Je commence à coudre beaucoup plus, pour aller plus loin que la customisation. Je crée différents modèles à partir d’anciens rideaux… Je les vends aussi dans la boutique et cela me sert d’incubateur : j’ai appris en constatant des écueils. Par exemple, les pièces uniques coûtaient trop cher à produire”

En 2016, Anaïs se lance à plein temps, pour fonder Les Récupérables en bonne et due forme. Son projet est désormais bien clair :“je veux démocratiser la mode responsable, en faisant connaître l’upcycling de façon non culpabilisante. Et encourager les gens à s’interroger sur ce qui se cache derrière un vêtement, l’emploi, la fabrication, la matière. Mon message, c'est : arrêtons de surconsommer, nous vivons dans un monde aux ressources finies”. 

En 2017, une campagne Ulule très réussie permet de “faire le POC” (Proof Of Concept, ou Preuve de Concept en français, la démonstration de faisabilité d'un projet). Un carton, qui se termine en beauté par un défilé dans Beaubourg ! Pour se faire connaître et marquer sa différence, elle organise à ses début des ventes secrètes, dans des cafés ou des lieux d’exposition. 

Je veux démocratiser la mode responsable, en faisant connaître l’upcycling de façon non culpabilisante.

Matières chinées

Petit à petit, la créatrice dessine des pièces inédites, part à la recherche de nouvelles matières oubliées et noue de solides premiers partenariats pour récupérer des tissus dormants, comme avec TDV, une société qui produit des tissus pour les vêtements de travail. “Je rachète - et encore aujourd’hui ! - les matières non conformes aux cahiers des charges”, explique Anaïs.

La marque se développe, et l’équipe trouve encore bien d’autres fournisseurs : elle récupère les fins de rouleaux de Caroll, Chantelle ou Deveaux. Les rideaux fleuris viennent tout simplement du Relais, cette société qui collecte des textiles dans des conteneurs aux quatre coins de la France. Toutes les matières sont nettoyées avant de vivre leur meilleure deuxième vie.

Comment se passe la création ? Clara, la responsable de production, regarde quels modèles ont bien marché. Elle analyse les ventes et identifie les types de pièces manquantes. Mais surtout, Anaïs dessine encore et encore : “je laisse libre cours à mon imagination, avec la contrainte des matières upcyclées, tout en cherchant des formes qui vont à tout le monde. Je crée pour utiliser les matières qu’on a déjà, mais en parallèle, on cherche des matières en fonction de ce que j’ai dans la tête”. Les modélistes, les "architectes du vêtement", entrent alors en jeu pour réaliser les patrons.

Je laisse libre cours à mon imagination, avec la contrainte des matières upcyclées, tout en cherchant des formes qui vont à tout le monde.

Made in France

Ensuite, “la fabrication est française à 99%. Nous travaillons avec des petits ateliers sur le territoire”. Parmi eux, deux ateliers d’insertion : Espero, qui emploie des personnes éloignées de l'emploi, et un centre pénitencier normand, qui confectionne 20% de la production. “La France est désindustrialisée, c’est plus compliqué, ça coûte plus cher et les délais sont plus longs”, constate Anaïs, qui cependant tient bon sur le sujet du Made in France. Seules deux références du modèle chemise mao et un tee-shirt sont fabriqués au Portugal. 

La confection n'est pas un long fleuve tranquille, car upcycler, c’est accepter de faire avec ce qu’on a : “les matières sont inégales, on peut avoir des surprises. Si une couleur est épuisée, on ne peut pas faire de réassort. Et si on change de matière pour une même pièce, le rendu sera différent…”.

La fabrication est française à 99%. Nous travaillons avec des petits ateliers sur le territoire.

Tops, pantalons, vestes, sacs bananes, salopettes... Anaïs lance deux collections par an. Par définition, les pièces sont en séries limitées, puisque les fins de rouleaux, rideaux vintage et autres stocks n'existent pas en quantités infinies... Loin de là. Chaque modèle est confectionné en très peu d’exemplaires, "entre 2 et 20 en moyenne", explique la cheffe d'entreprise, depuis son atelier-boutique du 18ème arrondissement de Paris (qui déménagera bientôt dans le 11ème !).

À l'avenir, Anaïs entend développer sa marque à l'international, “optimiser le sourcing. C’est le nerf de la guerre” et bien sûr continuer à imaginer de belles pièces. Avec toujours ce style à part : “une gamme rétro-moderne, des coupes audacieuses, à porter au quotidien, simples ou plus aventureuses... Avec beaucoup d’imprimés fleuris ou chamarrés”. Comme au temps des ateliers de couture avec sa grand-mère.

Découvrez les vêtements upcyclés des Récupérables !

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À propos de l'autrice
Lucie de la Héronnière
Responsable éditoriale
Lucie a travaillé pendant une dizaine d'années pour la presse et l'édition. Sa spécialité ? L'alimentation et ses enjeux. Pour Bien ou Bien, elle plonge désormais dans toutes les facettes de la consommation responsable.

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