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Filtres minéraux : nano ou pas nano ?

Filtres minéraux : nano ou pas nano ?

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Cet été, vous verrez apparaître la mention [nano] dans les listes d'ingrédients de vos produits solaires bio. Pourquoi ? C'est une nouvelle recommandation de Cosmébio, même si les formules n'ont pas changé. Explications.

Dans le vaste univers des filtres solaires, il existe deux grandes familles de filtres : les filtres chimiques (aussi appelés filtres organiques) conventionnels absorbent les UV à la place de la peau. Certains (benzophénone, octocrylène…) sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens et de blanchir les coraux. 

D’autres part, il existe des filtres minéraux, dont deux sont autorisés par la cosmétique bio : le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc. Ceux-là réfléchissent les rayons du soleil, tel un bouclier pour la peau. Il est recommandé de ne pas les utiliser sous forme nanoparticulaire, pour éviter que ces filtres pénètrent dans l’épiderme. Selon la réglementation européenne sur les cosmétiques, un nanomatériau est un “matériau insoluble ou bio-persistant, fabriqué intentionnellement et se caractérisant par une ou plusieurs dimensions externes, ou une structure interne, sur une échelle de 1 à 100 nm [nanomètre, ndlr].

Les critères du référentiel COSMOS ORGANIC encadrent très précisément la présence de nanomatériaux dans les cosmétiques biologiques : 

  • "L’ingrédient doit contenir moins de 50% en nombre de particules ayant une taille inférieure à 100 nm : soit sur 100 particules, au moins 50 doivent avoir une taille supérieure à 100 nm".

  • "Moins de 10% en masse des particules ayant une taille inférieure à 100 nm : soit sur 100g d’échantillon, plus de 90g doivent être constitués de particules ayant une taille supérieure à 100 nm". 

Plusieurs méthodes d'analyse

Cependant, il existe plusieurs méthodes pour caractériser la taille et la proportion de ces minuscules particules. Jusqu’à présent, dans le doute, Cosmébio, l'association professionnelle de la cosmétique bio, interdisait seulement à ses adhérents d’afficher la mention “sans nanoparticules”. 

Depuis 2019, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a intensifié ses contrôles sur la présence de nanomatériaux dans les produits cosmétiques et a détecté plusieurs défaillances d’étiquetage. Cet organisme de contrôle assure ainsi dans son communiqué : “Les fabricants de cosmétiques font régulièrement état de difficultés en ce qui concerne la documentation transmise par leurs fournisseurs d’ingrédients, qui ne permettrait pas de statuer sur le caractère nanométrique des ingrédients”, puisqu’aucune méthode n’est à ce jour normée. De plus, “certains fabricants de cosmétiques mettent en avant des disparités entre plusieurs définitions des nanomatériaux dans les textes européens”. 

Principe de précaution

Alors, au printemps 2022, Cosmébio, l’association professionnelle de la cosmétique bio, s’est positionnée “en faveur de l’application du principe de précaution”. C'est à dire ? Elle oblige désormais formellement ses adhérents à afficher [nano] dans la liste INCI quand du dioxyde de titane ou de l’oxyde de zinc sont utilisés en tant que filtres solaires. Selon l’association, “il est très difficile de prouver l’absence de toute trace de nano dans un contexte réglementaire flou sur la définition des nanomatériaux et dans l’attente de précisions sur les techniques de caractérisations les mieux adaptées (car il existe de nombreuses méthodes d’analyse qui ne donnent pas les mêmes résultats)”. 

Vous allez donc voir apparaître la mention [nano] dans les listes d'ingrédients de crèmes solaires bio, alors que les formules n’ont absolument pas changé. Qu’en pensent les marques ? Globalement, que le message envoyé aux utilisateurs et utilisatrices de produits solaires n'est pas clair...

"Compter les grains de sable d'une plage"

Marion, co-fondatrice d'Endro, a mis à jour ses étiquettes. Elle explique : "Pas le choix ! Nous l'avons déjà fait [...]. Les méthodes de mesure des particules évoluent, sans doute pour le mieux et sans doute parce qu'il y a des doutes, mais les fournisseurs de matières premières n'ont pas le temps de se mettre à jour alors on se retrouve à devoir écrire [NANO], bien que nos fournisseurs nous certifient que leurs filtres sont non-nano... D'après la méthode de mesure précédente mais quid de la nouvelle ? Le consommateur est averti mais perdu et surtout inquiet. Dommage. Il se tourne alors vers les filtres chimiques (appelés aussi "organiques" maintenant, ben oui c'est plus sexy et ça fait naturel !)".

“Il est dans tous les cas impossible de contrôler la totalité de la taille des particules, observe quant à lui Hadrien, co-fondateur NIU. C’est comme dire “tous mes cheveux ont le même diamètre !” ou compter tous les grains de sable d’une plage. La DGCCRF réfléchit à une législation plus dure, et Cosmébio, en attendant cette future législation, impose déjà à ses adhérents de mentionner [nano]. Pour reprendre une image, “nous avons trouvé une cerise pourrie, donc vous êtres obligés de dire que toutes les cerises sont pourries””! Le message aux consommateurs n’est pas le bon : en gros, c’est : toutes les crèmes sont mauvaises… Et les gens vont avoir des brûlures. Pour l’instant, je préfère ne rien changer, quitte à ne plus être adhérent”.

La réglementation et les méthodes d'analyse devraient évoluer très rapidement. À suivre !

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À propos de l'autrice
Lucie de la Héronnière
Responsable éditoriale
Lucie a travaillé pendant une dizaine d'années pour la presse et l'édition. Sa spécialité ? L'alimentation et ses enjeux. Pour Bien ou Bien, elle plonge désormais dans toutes les facettes de la consommation responsable.

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