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Créer des parfums 100% naturels, "un immense défi technique, artistique et réglementaire"

Créer des parfums 100% naturels, "un immense défi technique, artistique et réglementaire"

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Après plusieurs postes dans des grandes maisons de parfums, Karine Torrent a lancé sa propre marque, Floratropia, en rupture avec les pratiques du secteur : pas de pétrochimie (et donc des ingrédients 100% d'origine naturelle) et pas d'emballages superflus (grâce à un astucieux système de recharge). Et si c'était ça, le futur du parfum ?
Floratropia

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La Vallée de la Bresle n’est pas seulement un joli coin verdoyant, aux confins de la Normandie et de la Picardie. C’est aussi et surtout un pôle industriel d’excellence, d’où provient 70% de la production mondiale de flacons de luxe en verre. C’est ici que sont façonnés les contenants des plus grands parfums français. Karine Torrent, 42 ans, a grandi dans cet endroit surnommé la “Glass Vallée”, entourée d'adultes employés dans ce secteur pointu. Ajoutez à cela le jardin odorant et merveilleux de sa grand-mère, arpenté pendant les vacances en Corse, et on peut dire que la créatrice a toujours baigné dans l’univers des parfums. 

D’ailleurs, une fois le bac en poche, elle fait un DEUG d’anglais et une école de commerce, avec une seule idée en tête : bifurquer dès que possible dans le monde des fragrances. C’est chose faite avec un premier stage de fin d’études chez Guerlain. Notons que le flacon de l’Eau de Cologne Impériale du célèbre parfumeur est fabriqué dans la Vallée de la Bresle depuis 1853 ! La boucle n’est pas pour autant bouclée. Karine poursuit avec des postes dans le marketing et le développement de produit chez Yves Rocher, Valentino Parfums et enfin dans la maison de niche Atkinsons 1799. Mais la fermeture du bureau parisien de cette marque est l’occasion de prendre le temps de tout remettre à plat...

Déconstruire le parfum

Parfum Floratropia
Floratropia

“Après toutes ces années, je m’ennuyais. Ce milieu conservateur n’évoluait pas. Il était difficile d’innover, de bousculer les codes. En parallèle, j’avais une sensibilité de plus en plus forte au développement durable. Malgré le mouvement de l’histoire et la responsabilité de l’industrie, le secteur du parfum ne s'appropriait pas le sujet”, raconte Karine. Elle fait alors son “devoir d’utopie” : “si tu devais créer une marque idéale, comment ferais-tu ?”, s’interroge-t-elle. En suivant ce fil rouge, elle commence alors à réfléchir à la construction d’un modèle de parfumerie soutenable, avec un impact positif… Sans compromis sur l’expérience sensorielle du parfum, car “on peut faire évoluer les usages plus vite en donnant envie avec des produits beaux et inspirants”

On peut faire évoluer les usages plus vite en donnant envie avec des produits beaux et inspirants.

Elle décide de tout déconstruire. Cela commence d’abord par la composition. “Beaucoup de marques parlent de naturel… Mais la majorité des parfums sont composés en grande partie de matières de synthèse, issues de la pétrochimie. L’industrie avance avec la création de matières de synthèse issues des biotechnologies, mais cela reste très minoritaire”, commente Karine. Ses futurs parfums seront donc issus d’ingrédients 100% d’origine naturelle (essences, infusions, isolats...) : pour décarboner les jus… Et pour la beauté : “on revient à la source du parfum. Des fleurs et des plantes qui poussent dans la terre”.

La majorité des parfums sont composés en grande partie de matières de synthèse, issues de la pétrochimie.

Créer des fragrances

Les fondations sont posées. Il faut maintenant entrer dans le vif du sujet et imaginer des fragrances. Karine commence à travailler avec Delphine Thierry, parfumeuse indépendante, déjà formée sur le sujet de la création naturelle et forte d’une “signature olfactive esthétique”. “Choisir de travailler avec 100% d’ingrédients d’origine naturelle, c’est un immense défi technique, artistique (la palette est réduite puisqu’il y a beaucoup moins de matières à travailler) et réglementaire (il faut bien sûr entrer dans les cadres qui protègent les consommateurs, notamment en ce qui concerne les allergènes)”, explique Karine. 

Alors, celle-ci endosse la direction artistique : “J'ai fait un brief esthétique autour des quatre éléments, avec cette idée d’essentialité. Ensuite, Delphine a mis en odeur les émotions et les histoires”. En 2019, la phase de création pure dure 6 mois. Les deux femmes échangent, dialoguent, sentent et ressentent. Naissent alors quatre créations : LE FEU ("Une infusion lactée de fleurs et d’épices, d’écorces et de rhizomes"), L'EAU ("Une eau fraîche aux reflets changeants"), LE CIEL ("Un floral boisé doux aux contours vaporeux") et LA TERRE ("Sève et racines, feuilles, mousse et fleurs de sous-bois"). Quand les parfums sont validés, les jus passent des tests de compatibilité et de stabilité. 

Les flacons Florette de Floratropia
Les flacons Florette/ Floratropia

“Choisir de travailler avec 100% d’ingrédients d’origine naturelle, c’est un immense défi technique, artistique et réglementaire."

Pour les ingrédients, Karine et Delphine ont choisi de travailler avec la Maison Robertet, installée à Grasse, le berceau du parfum. Cette société de composition a un large portefeuille de matières premières, issues de filières biologiques et/ou de partenariats éthiques et durables : "Par exemple, nous utilisons l’Hédychium de Madagascar : c’est une plante assez rare en parfumerie, très envahissante sur l'île. Robertet a fait de la R&D pour en tirer une matière première, endiguer l’invasivité et offrir aux communautés cueilleuses un supplément de revenus. Autre exemple, le bois de santal est surexploité en Inde, dans des filières peu transparentes. Mais Robertet a planté des arbres en Nouvelle-Calédonie, qui sont cultivés par des communautés Kanak : c’est un nouveau débouché pour les populations locales”.

Réduire l’impact des emballages

La Ressource du parfum L'EAU
La Ressource du parfum L'EAU/ Floratropia

En parallèle, l'entrepreneuse avance sur un autre grand sujet : les emballages et autres flacons. “Le monde du parfum est un bastion du luxe : plus il y a d’emballage, plus on a une perception de qualité”, souligne-t-elle. Que faire face à cette absurdité ? Comment apporter une grosse rupture dans les pratiques habituelles ? “Un beau flacon, c’est dommage de le jeter. Et l’industrie du recyclage a un coût carbone non négligeable. L’idée de la Ressource a germé : il s’agit d’un emballage réduit, optimisé. Un “doy pack” unique, peu consommateur d’énergie à la production et très léger en logistique”. 

Le concept : on peut l’utiliser tel quel, ou verser le parfum dans l’un des flacons rechargeables de la marque… Ou dans n’importe quel flacon. Karine est consciente des limites : “cette recharge n’est pas mono-matériau. On ne peut donc pas la recycler dans une filière classique. Mais les clients peuvent nous la renvoyer gratuitement dans une enveloppe et nous gérons sa fin de vie avec un industriel du recyclage : l’aluminium est récupéré et le reste est revalorisé dans une filière thermique”. En outre, cette Ressource permet de rendre accessible la recharge à tous et toutes, aux quatre coins de la France, et de compenser le coût des matières premières, très important quand on travaille en naturel. 

Campagne Ulule

Tous les détails sont bien pensés, la marque s'apprête à s'envoler. Pourquoi Floratropia, d’ailleurs ? Cela signifie "se tourner vers la flore. C'est un tropisme vers la beauté du naturel”. D'ailleurs, Karine choisit de verser 3% de son chiffre d'affaires à l'ONG Noé, en faveur d'actions pour la préservation de la flore à parfum.

Floratropia signifie "se tourner vers la flore". C'est un tropisme vers la beauté du naturel.

En octobre 2019, Floratropia se lance avec une campagne de financement participatif sur Ulule. Les objectifs sont largement dépassés et les premiers flacons de la marque arrivent chez les clients et clientes début 2020. La maison Robertet assemble les concentrés, à partir des formules de Delphine. Une autre entreprise met en alcool et conditionne le parfum, toujours dans le sud de la France, à Vallauris. 

Si les retours des principaux intéressés sont bons, ceux des professionnels du secteur sont plus circonspects. Mais les discours et les actions ont évolué vite : “Aujourd’hui, il y a un vent de renouveau, beaucoup d’innovations, pour rompre avec un modèle ankylosé", observe Karine.

La Ressource du parfum LE FEU
La Ressource du parfum LE FEU/ Floratropia

La marque ouvre son propre site web au printemps 2020 et se concentre dans la vente en ligne. Pandémie oblige, mais aussi parce qu’“on bouscule les codes. Ce n’est pas un concept qu’on met sur une étagère et qui se vend tout seul. On a besoin d’accompagner la démarche”. Gautier rejoint Karine comme associé à la fin de l’année 2020. Le programme du désormais duo Floratropia pendant cette année 2021 ? Chercher des boutiques physiques, lancer un nouveau parfum, L'AMBRE DES FLEURS ("Un nectar solaire récolté à la tombée du jour dans un champ de tubéreuses et d’immortelles") et un nouveau flacon, un vaporisateur nomade nommé Florette, “pour faciliter l’accès à la marque mais toujours en version rechargeable”.

J’aime jouer avec cette matière, qui fait appel au primitif et à l’émotionnel.

Et pour l’année prochaine ? L’équipe aimerait ouvrir son propre point de vente, créer un sixième parfum et commercialiser un flacon “signature” rechargeable. En attendant, le "devoir d'utopie" est bien accompli et Karine semble ravie de sa vie d’entrepreneuse : “ce que j’aime, c’est créer des émotions à travers les odeurs. Avec la nouvelle parfumerie, elles sont d’autant plus fortes. Elles viennent surprendre le nez et ouvrir le champ des possible du patrimoine olfactif. J’aime jouer avec cette matière, qui fait appel au primitif et à l’émotionnel”. 

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À propos de l'autrice
Lucie de la Héronnière
Responsable éditoriale
Lucie a travaillé pendant une dizaine d'années pour la presse et l'édition. Sa spécialité ? L'alimentation et ses enjeux. Pour Bien ou Bien, elle plonge désormais dans toutes les facettes de la consommation responsable.

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